Vent de démocratie en Afrique du Nord (Zérah BREMOND)

Ce dimanche, les tunisiens ont été en masse dans les bureaux de vote afin d’élire une assemblée constituante.

Ce fut ainsi les premières élections libres dans ce pays qui a connu un régime d’exception permanent.

A ce moment-là, la démocratie triomphe face à l’autocratie et la dictature, le peuple peut enfin s’exprimer et désigner SES représentants.

L’on assiste alors à un moment unique car c’est comme si nous remontions le temps d’un seul coup, 221 ans plus tôt, de l’autre côté de la Méditerranée, en France, les Etats Généraux, représentants du peuple se constituèrent en Assemblée Constituante avec pour objectif de donner une Constitution à la France.

 

Alors bien évidemment, tout n’est pas encore réglé, la construction d’une démocratie saine et durable se faisant en plusieurs étapes :

  • La première étape, c’est la chute du tyran, le renversement du régime précédent. En France, ce fut l’affirmation par le peuple de Paris de sa volonté de changer les choses et de se battre, le Roi de France désireux de concilier acceptant la cocarde tricolore et devenant Roi des français. Au Maghreb, ce fut le rejet des dirigeants autoritaristes, l’un étant contraint à la fuite, l’autre déféré devant un tribunal et le dernier en date exécuté au cours de sa capture.
  • La deuxième étape, c’est la découverte par le peuple des voies d’expression qui sont les siennes dans le cadre d’une démocratie : le vote. On dépose les armes et l’on se rend aux urnes. La Tunisie en est là, les tunisiens ont bien compris tout l’intérêt de cette voie d’expression démocratique et saine.
  • La troisième étape, c’est l’acceptation du bilan des urnes et là, c’est une autre histoire… Il s’agira pour les vainqueurs de ne pas exclure les perdants et pour les perdants de prendre acte de leur défaite en se conformant au vote de la majorité. Concrètement, cette troisième étape est la plus difficile et nécessite pour être traversée une confiance absolue dans le vote et la bonne marche d’une démocratie impliquant des élections régulières et donc la possibilité d’une alternance future.
  • La quatrième étape sera à l’issue de l’élection de l’Assemblée Constituante l’élaboration d’une Constitution : c’est en quelque sorte le « statut de l’Etat », un élément qui assurera un cadre à l’activité des pouvoirs publics tenant compte des particularismes de l’Etat qu’elle est censée encadrer. Elle rappellera ainsi les symboles, la langue, la monnaie. Ce texte solennel devra de préférence être établi au nom de l’ensemble du peuple libéré et concrètement, il ne faudrait pas d’une Constitution qui soit imposée par une majorité à une minorité.La Constitution pourra outre les dispositions organisationnelles des pouvoirs publics contenir des droits et libertés garanties à chacun des citoyens.A priori, la pratique Constitutionnelle tend à orienter les Etats vers des Constitutions modernes assez similaire, le modèle romano-germanique dominant largement notamment sous l’action du Conseil de l’Europe qui a présidé à l’élaboration des Constitutions d’Europe de l’Est.
  • La cinquième étape sera la mise en route des institutions fondées par la Constitution : élection d’une Assemblée Parlementaire chargée du vote de la loi, désignation d’un gouvernement tenant du pouvoir exécutif (par le vote du peuple ou de l’assemblée selon l’orientation présidentielle ou parlementaire du régime), réforme des tribunaux tenants du pouvoir judiciaire, formation d’institutions de contrôle du respect de la Constitution (Cour Constitutionnelle)…
  • La sixième étape sera la pérennité de la démocratie nouvellement crée par l’enchaînement des scrutins et des alternances politiques. Il faudra une phase d’adaptation et de « coutumérisation » de la vie démocratique pour que le respect de la Constitution et la désignation des élus se fasse de manière coutumière.

Le chemin apparaît donc encore assez long pour les nations du Maghreb sachant que la troisième étape (acceptation du vote) sera l’enjeu permanent de la bonne marche de la démocratie : les majorités et les minorités devant être représentées, pouvoirs et contre-pouvoirs cohabitant et débattant dans le respect des institutions reconnues par tous.

Maintenant, une difficulté supplémentaire pourra se poser sur le rôle de l’international sur la vie interne des nouveaux Etats : il faudra apporter toute l’assistance technique et juridique (élaboration constitutionnelle et institutionnelle) sans s’immiscer dans la vie politique du pays et les résultats des élections.

 

Ainsi, je fais directement un signe à tous ceux qui sont prêt à crier au loup en cas de victoire des partis dit « islamistes ».

Ces mouvances fondées sur une foi et sur des préceptes religieux et moraux ont tout autant leur place dans le débat démocratique que les autres partis, « islamiste » ne rimant pas forcément avec « terrorisme ».

L’Islam est avant tout une religion qui est à l’origine de bon nombre de progrès scientifique et philosophique, sachant qu’elle est originellement beaucoup plus ouverte que la religion chrétienne.

En outre, l’on trouve de nombreux partis démocrates chrétiens en Europe qui ne suscitent pas autant d’inquiétudes.

 

De fait, la marginalisation de ces partis est le meilleur moyen de les rendre antiparlementaristes et radicaux.

Ce qu’il faut craindre, ce sont les mouvances extrémistes antidémocratiques, pas les mouvances qui intègrent une part de moralité religieuse dans le débat politique.

 

Je pense que ces populations qui ont eu la volonté et la détermination de risquer leur vie afin de renverser les tyrans qui pesaient sur eux ont toute leurs chances de trouver la voie de la démocratie et de la liberté, l’immolation de Mohammed BOUAZIZI, ce jeune tunisien qui a mis le feu aux poudres, symbolisant la fin de l’oppression et de la tyrannie !

Tous les peuples aspirent à la liberté. Tous les peuples peuvent être libres.

 

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Une réponse à Vent de démocratie en Afrique du Nord (Zérah BREMOND)

  1. DUMONT Gérard dit :

    C’est la raison pour laquelle l’exemplarité de la révolution du Jasmin aux conséquences planétaires ne peut qu’être soutenue , il y a du VALMY dans ce mouvement contemporain et de ce point de vue , il fallait bien qu’un jour la plaque tectonique de la corruption institutionnelle et des conservatismes universels soit enfin bousculée salutairement (mais à quel prix…) par les peuples et une jeunesse en attente d’un devenir à portée.

    Les tremblements de terre et les tsunamis ne touchent pas que l’extrème orient où nos certitudes technologiques sont ramenées à leur juste mesure… mais aussi tout le reste du monde au 7 milliards d’humains avec des codes à réinventer et un autre vivre ensemble que la réalité imposera incontournablement. . De ce point de vue le prochain chef de l’Etat serait bien inspiré pour rattraper.. un peu le bévue du discours de Dakar , de faire un 1er voyage d’Afrique en commencant par Tunis qui sur le continent est d’ores et déjà la référence comme capitale d’un pays de l’espoir .

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